Évolution du parc national français de logements sociaux (1920–2022)
Source : RPLS 2023
Une hausse de la production, un rééquilibrage territorial
Au cours des deux dernières décennies, la France a régulièrement augmenté son parc de logements sociaux, mais cette croissance n’a pas été répartie de manière homogène sur l’ensemble du territoire. Les nouveaux logements se sont concentrés dans certaines régions et grandes agglomérations, tandis que de nombreuses communes aisées continuent de produire moins de logements sociaux qu’elles ne le devraient. Ces graphiques montrent à la fois l’augmentation globale de l’offre et la manière dont le territoire continue de déterminer qui peut accéder au parc HLM.
Source : RPLS 2023
Millions de résidences principales, selon le mode d’occupation
L’analyse des données par région révèle de forts contrastes dans l’offre de logements sociaux. Certaines régions, souvent caractérisées par une longue tradition de logement social ou par de fortes difficultés d’accès au logement, concentrent une part importante du parc national. D’autres restent nettement en dessous des moyennes nationales, illustrant la manière dont les choix historiques d’aménagement, les politiques locales et les marchés fonciers déterminent les territoires où les ménages modestes peuvent concrètement se loger.
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Comparaison des taux régionaux
Cette carte interactive permet de zoomer progressivement, des régions aux départements puis aux communes, afin d’observer comment les objectifs de la loi SRU se traduisent concrètement sur le terrain. En activant ou en désactivant des variables telles que le taux SRU, les utilisateurs peuvent repérer les territoires qui dépassent les objectifs fixés par la loi, les atteignent ou en sont très éloignés. La carte permet de visualiser les inégalités territoriales d’accès au logement social à différentes échelles et au fil du temps.
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Variable
Taux SRU (%)
Quelles communes n’ont pas atteint leurs objectifs ?
Malgré l’augmentation globale du nombre de logements sociaux, beaucoup de communes persistent à rester en deçà des quotas de logements sociaux prévus par la loi SRU. Cette section suit, année après année, les communes officiellement déclarées carencées et donc soumises à des pénalités financières ou à un transfert temporaire à l’État du pouvoir de délivrer les permis de construire. Elle met en évidence la persistance des résistances locales et les limites des mécanismes de contrôle et de sanction.
Dans les territoires ultramarins français (DROM), les dynamiques du logement social sont façonnées par une croissance démographique rapide, les héritages coloniaux et des niveaux élevés de pauvreté. Bien que certains territoires affichent des taux SRU officiellement élevés, les indicateurs quantitatifs masquent souvent une forte suroccupation des logements, la présence d’habitats informels et l’insuffisance des infrastructures. L’exemple des territoires ultramarins montre combien la question du logement recoupe des enjeux plus larges liés à l’accès au foncier, à l’environnement et aux services publics.
292 354
Population (2025)
23.5%
Taux de logements sociaux (2022)
Comparer la France à ses voisins européens montre que les écosystèmes de production de logement social peuvent être structurés de manière très différente. Certains pays conçoivent le logement social comme un parc diversifié et accessible à tous, tandis que d’autres le réservent aux ménages les plus pauvres ou ont considérablement réduit leur parc social. La comparaison de ces modèles permet de replacer la loi SRU dans un débat plus large sur la manière dont les États utilisent les politiques du logement pour lutter contre les inégalités et la ségrégation socio-spatiale.
Ce tableau de bord s’appuie sur plusieurs années de recherche consacrées aux effets de la loi SRU et, plus particulièrement, au fonctionnement des sanctions prévues par l’article 55 à l’encontre des communes ne respectant pas leurs obligations. Le socle quantitatif du projet est constitué du jeu de données du Ministère sur les parcs de logements sociaux, les agréments et les obligations liées à la loi SRU, qui était jusqu’à présent confidentiel. Ces données ont été retraitées afin de pouvoir être explorées à plusieurs échelles géographiques et sur l’ensemble des vingt-cinq années de mise en œuvre de la loi.
Les principales opérations réalisées pour construire le tableau de bord comprennent :
Concrètement, le volet SRU du tableau de bord repose sur une série de tableaux Excel détaillés transmis par le ministère chargé du Logement9. Ceux-ci couvrent l’ensemble des bilans triennaux de 2002 à 2022, ainsi que les fichiers annuels de bilan SRU. Ces tableaux rassemblent, pour chaque commune, le périmètre SRU auquel elle est rattachée (EPCI ou unité urbaine), le taux d’obligation applicable, le parc de logements sociaux retenu comme référence, le nombre de logements financés ou réalisés au cours de chaque période selon le type de financement, ainsi que le montant des pénalités financières. Le jeu de données n’est pas stable dans le temps. Le nombre et l’identité des communes recensées évoluent : certaines franchissent les seuils démographiques qui les rendent éligibles, d’autres passent en dessous de ces seuils, tandis que beaucoup sont transformées par la création de communes nouvelles issues de fusions intervenues au cours des années 2010. Une partie du travail réalisé pour construire le tableau de bord a donc consisté à harmoniser ces périmètres évolutifs, en suivant notamment les fusions, les entrées et les sorties du périmètre d’application de la loi SRU, ainsi que certaines incohérences ponctuelles dans les données déclarées, afin de constituer une table longitudinale consolidée. Dans cette table, chaque ligne correspond à une commune, dans sa configuration actuelle, observée sur plusieurs périodes successives. L’équipe du ministère a signalé certaines limites persistantes. Les données antérieures à 2020 peuvent encore comporter un petit nombre d’erreurs locales de saisie. Le suivi de la loi SRU dans les DROM est rendu plus difficile par le caractère moins fiable du recensement des résidences principales10 et par certaines exemptions juridiques spécifiques (par exemple, les communes mahoraises en situation de déficit sont exemptées de pénalités financières). Certaines catégories de logements, comme certaines résidences pour personnes âgées, ne sont également prises en compte que partiellement. De manière générale, tous les logements ouvrant droit à l’aide personnalisée au logement (APL), y compris la plupart des logements pour personnes âgées relevant du système de logement social, les EHPAD, les résidences autonomie et certaines formes d’habitat social, sont comptabilisés dans l’inventaire SRU. En revanche, les résidences pour personnes âgées exclusivement orientées vers le marché privé ne le sont pas.
En complément de ce travail quantitatif, le projet comprend une enquête qualitative de terrain et des études de cas, notamment à Paris ainsi que dans certains territoires régionaux et ultramarins. Ces études de cas alimentent les typologies de « régimes du logement » présentées sur la page Évaluation de l’usage des bâtiments du tableau de bord et contribuent à interpréter les évolutions rendues visibles par les cartes et l’analyse des données.
Ce tableau de bord n’est pas une simple visualisation des données sur le logement. Il adopte un positionnement clair. Il est conçu pour défendre le principe de la loi SRU comme outil de justice territoriale et pour critiquer les propositions de réforme portées par la droite et l’extrême droite qui compromettent cet objectif. À mes yeux, expliciter cette position relève de la rigueur méthodologique. Le tableau de bord ne se réfugie pas derrière l’illusion d’une objectivité purement technique. Il propose au contraire un accès transparent aux mêmes données que celles qui alimentent les débats nationaux et invite les utilisateurs à construire leurs propres interprétations. Dans le même temps, il met en avant des questions souvent reléguées au second plan dans les rapports officiels :
Ce projet considère également l’infrastructure de données sur le logement comme un bien public à part entière. Les lois sur le logement telles que la loi SRU ne peuvent être mises en œuvre et contrôlées que si les données sous-jacentes sont robustes, accessibles et interprétables par ceux qui en ont besoin — c’est-à-dire les administrations nationales, les administrations municipales, les bailleurs sociaux, mais aussi les journalistes, les associations et collectifs de défense des locataires et les habitants. Dans de nombreux contextes, on conçoit des outils trop complexes pour les citoyens mais trop simplistes pour les professionnels. On considère également parfois le public comme un ensemble d’utilisateurs directs, alors qu’il faudrait aussi concevoir ces outils pour des intermédiaires, tels que les associations de locataires et les acteurs de la mobilisation locale. Le tableau de bord tente de répondre à ces enjeux en précisant ses différents publics, en rendant des indicateurs faciles à explorer au moyen d’interfaces intuitives et en évitant les visualisations conçues pour un usage unique, qui deviendraient rapidement obsolètes. Les universités et les centres de recherche sont des structures d’accueil idéales pour ce type d’infrastructure. Ce projet constitue une contribution à cet écosystème plus large en cours de construction.
Il est important de mentionner ici la réforme 3DS. Bien que cette loi ait officiellement prolongé l’application de la loi SRU au-delà de son échéance initiale de 2025, elle a également introduit des mécanismes qui risquent de normaliser l’idée de plafonner le logement social dans les communes dépassant déjà certains seuils (généralement 40 %), sans instaurer de contraintes d’une force comparable pour les communes récalcitrantes et insuffisamment équipées. Cet épisode illustre une tendance politique plus générale. Plutôt que de renforcer les obligations qui pèsent sur les territoires les plus ségrégatifs, les réformes cherchent parfois à « soulager » les communes qui accueillent déjà une part supérieure à leur contribution. Le tableau de bord permet aux utilisateurs d’évaluer visuellement et empiriquement les conséquences d’une telle réorientation.